À chacun son métier, et on aura de la vitamine C !
Mieux-être

À chacun son métier, et on aura de la vitamine C !

Écrit par Annie Duranceau

Il y a 3 mois, à première vue au Québec : pas de vitamine C en haute dose possible pour Nathalie Prud’Homme, à moins de traverser la frontière de la province pour se la faire administrer en Ontario.  À bout de souffle et de ressources financières, le choix cruel de devoir renoncer à cette précieuse molécule était éminent pour Nathalie Prud’Homme, à moins que…  Ce genre de soins intégrés (même s’ils ne l’étaient que par compassion) ne deviennent l’affaire d’un ensemble de métiers du Québec, qui jusqu’ici n’avaient rien à voir avec le domaine médical…

Tout d’abord alertée, la communauté« Facebook » à immédiatement saisi le sérieux de la situation : Une patiente en stade 4 d’un cancer incurable devait se faire soigner en Ontario, faute d’accessibilité d’un produit au Québec, pourtant approuvé par Santé Canada pour d’autres types de maladies.  Des milliers de personnes ont alors signé la pétition « Légaliser la vitamine C », lancée par cette patiente déterminée à améliorer sa qualité de vie.   Tout le monde semblera comprendre le pognant cri du cœur de Nathalie Prud’Homme, mais le Collège des médecins du QC et l’Ordre professionnel des infirmiers et des infirmières du QC demeureront de marbre devant son désarroi.

Si les dirigeants des métiers de la médecine traditionnelle ont les pieds et mains liés devant les mise-en-garde de leurs associations (on peut les comprendre), nous avons pourtant assisté à une mobilisation sans précédent de plusieurs autres corps de métiers du Québec, opérant relativement loin du domaine « médical » !  Que ce soit les caméramans et les photographes qui ont documenté la démarche, l’avocate qui a préparé des formulaires légaux pour illustrer le sérieux de la requête de Nathalie, jusqu’au mécanicien qui l’a « dépanné » pour qu’elle puisse se rendre à son rendez-vous de chimiothérapie, un certain matin, ce ne sont là que quelques exemples de générosité des « métiers » qui peuvent faire une différence et que nous avons vus à l’œuvre.  Des gens décidés à mettre l’épaule à la roue, plaçant au service de la « cause », chacun leur expertise.  C’est ainsi que des recherchistes, des journalistes et des chroniqueurs de métier, nous ont permis d’adresser « les vraies questions » sur leurs ondes.  Le leitmotiv de Nathalie (vouloir vivre) a été expliqué publiquement grâce à eux!  Un pont essentiel entre l’individu et l’auditoire qui a souvent le pouvoir de faire des pressions pour changer ce qui leur semble injuste.

Que dire de l’appui des attachés politiques qui ont été placés sur notre chemin et qui nous ont conduits au député de notre région.  Il s’est montré à son tour « sensible » à la cause, n’hésitant pas à offrir un coup de main pour faire « cheminer » le dossier.  Synergie qui s’est rendue jusqu’à la direction du CISSS qui nous annonçait que par compassion, Nathalie pourrait enfin être prise en charge dans un établissement de sa région!  Au moment d’écrire ces lignes, elle recevait la garantie qu’on lui administrerait rapidement des injections de vitamine C tant souhaitées.  Un soulagement pour celle qui pourra enfin atténuer les effets secondaires de sa chimio, afin de l’encaisser le plus longtemps possible pour contrôler l’évolution de ses métastases.  Un inespéré dénouement qui, souhaitons-le, prolongera encore un peu, un précieux temps de qualité auprès de ses enfants.

Nul doute que lorsque dans quelques jours, à 2 coins de rue de chez elle, Nathalie recevra une intraveineuse de vitamine C, elle aura une pensée pour ce Hongrois, Albert Szent-Györgyi qui s’est vu décerner le prix Nobel de médecine avec une mention pour sa découverte sur la vitamine C en 1937.  Tant de persévérance de ce chercheur, à porter au grand jour le fruit de sa découverte : aujourd’hui, tant de résistance de ses confrères à en faire profiter les patients, sous prétexte qu’elle n’a pas de saveur…« scientifique ».  Ironique, n’est-ce pas?

Néanmoins, quand on songe à la complémentarité des métiers du Québec qui ont permis d’aider Nathalie à retrouver sa qualité de vie, nous ne pouvons faire autrement que de les relier par un dénominateur commun : Des individus de tous horizons ont placé « l’humain » au centre de leur mission, au moment où une citoyenne en avait le plus besoin.  Le résultat d’une quête comme celle-ci est beaucoup plus grand que l’accès à une « vitamine ».  C’est la preuve qu’au Québec, la dignité peut être portée et défendue par tous et chacun, malgré la collégialité froide d’associations qui semblent parfois bafouer le serment d’Hippocrate…  pour leur notre « protection ». ;-)

Annie Duranceau tient un blogue avec Nathalie Prud’Homme. On la lit sur le www.creationluv.com